J’ai trouvé pour vous 2 études relativement récentes parlant des risques sur la pression des disques entre les vertèbres. Cette idée est très ancrée chez les patients mais aussi chez les thérapeutes utilisant des techniques à hautes vélocités et basses amplitudes.
En effet, il existe de nombreuses « visions thérapeutiques » selon lesquelles les manipulations vertébrales pourraient diminuer la pression dans le disque intervertébral et par conséquent réduire une hernie discale (J.Cipryax,1953), ou au contraire augmenter la pression dans le disque durant la manipulation au point de créer une hernie sur un disque fragilisé (A. Malmivaara, 1982).
Deux visions ostéopathiques s’opposent :
- La première serait que les manipulations vertébrales pourraient diminuer la pression dans le disque intervertébral. Cette vision est plutôt prônée par les thérapeutes. (J.Cipryax,1953)
- A contrario, qu’une mauvaise manipulation ou une trop forte manipulation pourrait augmenter la pression dans le disque. Par exemple, cela aurait pour conséquence de fragiliser un disque, ou pourrait alors créer une possible hernie ou potentiellement exclure une hernie déjà présente. (A. Malmivaara, 1982)
Maigne J-Y et al.(2006) ont publié dans le Journal Of Manipulative and Physiological Thérapeutics une étude mettant en évidence, sur une étude cadavérique que lors des manipulations du rachis lombaire, une brève augmentation de pression discale est observée. Les limites de cette étude étaient que la déshydratation des tissus et notamment du nucléus pulposus, ne permettait pas de conclure de manière absolue que les résultats obtenus seraient identiques chez un sujet vivant.
Lisi AJ et al.(2000) ont étudié les pressions intra-discales à l’aide d’un transducteur de pression inséré dans le nucléus pulposus de volontaires adultes asymptomatiques. La pression intra-discale a été enregistrée à la fois dans des postures classiques ainsi que pendant et après le traitement manipulatif. Cette étude avait pour objectif de clarifier les indications et les contre-indications des techniques HVBA chez les patients lombalgiques. L’essai a été effectuée sur deux patients, une femme de 41 ans et un homme de 42 ans. Un transducteur de pression a été inséré dans le disque L3-L4 sain chez les deux participants. La technique utilisée par les chiropraticiens est une technique facettaire lombaire en décubitus latéral.
Les mesures furent les suivantes :
– En position couché en décubitus Dorsal (DD), les pressions étaient de 110KPa et 150 KPa.
– Lors de la mise en tension, les pressions sont montées à 500 KPa (similaire à des pressions mesurées assis droit).
– Lors de la manipulation sans cavitation 662 KPa.
– Lors de la manipulation avec cavitation 890 KPa (similaire à des pressions mesurées assis en flexion du rachis).
Pression durant la manipulation :
A) Mise en tension articulaire
B) HVBA avec cavitation
C) Repositionnement du patient
Les résultats de cette étude permettent de mettre en évidence qu’une manipulation bien effectuée n’entraîne pas de pressions intra discales supérieures à celles mesurées dans des gestes de la vie quotidienne. Toutefois, n’ayant eu que deux participants lors de cette étude il est difficile d’extrapoler les résultats en une vérité absolue.
Ces deux études seraient plutôt rassurantes afin de conforter les thérapeutes et les patients sur le fait que : la manipulation rachidienne du rachis lombaire ne serait pas plus dangereuse au niveau discal que les gestes de la vie quotidienne. Nous sommes , bien entendu, amenés à utiliser le conditionnel puisque nous notons l’absence d’essai randomisé contrôlé ainsi qu’un manque de participations. (NB : généralement la démarche scientifique propose; pour ne pas dire impose; l’emploi de ce dernier qu’elle que soit l’étude).
Toutefois et selon moi, il reste intéressant de noter que la vie quotidienne engendre un stress mécanique très important sur les disques et que généralement ce stress est très bien géré par le corps. Cependant, parfois, il semblerait que la contrainte mécanique dépasse la capacité du corps à encaisser ce dernier. C’est à ce moment précis qu’il est intéressant d’aller voir un ostéopathe afin de redonner au corps sa capacité à gérer. Sans oublier qu’il est bien entendu toujours intéressant de coupler cela avec des exercices d’assouplissement et de renforcement.
BIBLIOGRAPHIE
Cyriax J. The Treatment of Lumbar Disc-Lesions. Postgrad Med J. 1 janv 1953;29(327):4‑10.
Malmivaara A, Pohjola R. CAUDA EQUINA SYNDROME CAUSED BY CHIROPRAXIS ON A PATIENT PREVIOUSLY FREE OF LUMBAR SPINE SYMPTOMS. The Lancet. oct 1982;320(8305):986‑7.
Maigne J-Y, Guillon F. Highlighting of intervertebral movements and variations of intradiskal pressure during lumbar spine manipulation: A feasibility study. J Manipulative Physiol Ther. oct 2000;23(8):531‑5.
Lisi AJ, O’Neill CW, Lindsey DP, Cooperstein R, Cooperstein E, Zucherman JF. Measurement of in Vivo Lumbar Intervertebral Disc Pressure during Spinal Manipulation: A Feasibility Study. J Appl Biomech. août 2006;22(3):234‑9.