l’Histoire de la pédagogie

Après l’histoire de l’ostéopathie décrite dans l’article précédent, nous allons voir un résumé de l’histoire de la pédagogie. Nous nous intéresserons aux grandes étapes de l’évolution de la pédagogie au travers des âges. Nous commencerons par l’antiquité pour finir sur les courants contemporains.

L’Antiquité

A cette époque, nous pouvions déjà répertorier 3 courants d’éducation bien distincts :

L’ éducation pour la socialisation

L’’individu est ici conditionné selon les structures sociétales existantes. L’éducation permet de transmettre la culture et son système traditionnel.

La formation du lettré 

C’est une éducation basée sur l’instruction et la recherche de l’élite (religieuse, politique, savante ou administrative)

L’ éducation intellectuelle supérieure

Elle est née dans les écoles de philosophie où l’on axe les efforts sur le développement des différentes facultés intellectuelles, morales et physiques afin de répondre aux diverses fonctions de la vie privée et publique. Socrate et Platon en sont les dignes représentants.

L’ éducation romaine

Elle sera très primaire avant l’envahissement des Grecs par les Romains. Elle deviendra humaniste, universelle et oratoire alors qu’elle était jusque-là seulement religieuse et militaire.

Les cinq premiers siècles du Christianisme

L’éducation va prendre une orientation beaucoup spirituelle et devenir un mélange de doctrine chrétienne et de pensée gréco-romaine.

Le Moyen-Âge

L’éducation sera très marquée par la religion. Ainsi le monde se comprend à travers les principes de la spiritualité et des entités abstraites de la philosophie religieuse. L’enseignement de la tradition est enseigné de manière dogmatique et se fera de manière magistrale principalement.

La Renaissance

Lors de la renaissance, les principes d’éducation seront de plus en plus construits autour de l’Homme. La pédagogie sera édifiée autour de valeurs humaines et naturelles. François Rabelais (1546) et Michel Eyquem De Montaigne (1580) marqueront de leur empreinte la pédagogie du 16ème siècle. Ils s’opposent par leur courant de pensée. Rabelais (1546) est partisan de l’encyclopédisme, dans lequel l’idéal serait de tout connaitre. Alors que De Montaigne prône une formation au jugement : « mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine » (1565).

Nous retrouverons durant cette période 4 courants essentiellement :

  • Le courant des lettres classiques : l’esthétisme et la morale sont recherchés dans les sphères élitiques (bourgeoisie et aristocratie). Ce courant prend racine dans la culture gréco-latine et la religion. Il respecte les traditions et les hiérarchies pré-établies. Son représentant serait Désiré Erasme.
  • Le courant scientifique et technique : nous parlons ici de pédagogie « réaliste » puisqu’elle sera basée sur l’apprentissage de techniques et de sciences correspondant à la formation d’un métier. C’est un enseignement à visée pratique, contrairement au précédent, et représenté particulièrement par Wolfgang Ratich (1613) et Auguste Francke (1714).
  • Le courant d’inspiration naturaliste : son digne représentant n’est autre que Jean-Jacques Rousseau avec son livre « Emile ou De l’Education» (1762). La pédagogie reposera, ici, sur le savoir et la considération des lois naturelles. Il faut former l’Homme en adéquation avec la psychologie et la nature humaine. Elle est pédocentrique, repose sur des méthodes actives, sur l’observation par les sens. Ce courant sera un peu plus développé par Henri Pestalozzi (1781)  et Friedrich Froebel (1826)
  • Le courant social : pour le résumer, l’éducation est universelle. Elle sera ouverte à tous les Hommes et à toutes les classes sociales, même les plus défavorisées qui n’avaient jusque-là pas accès au savoir et à l’éducation institutionnelle. Ce courant est issu de la philanthropie et de la charité chrétienne mais aussi de réformes politiques à la suite de la Révolution française et de la prise de conscience sociale des masses populaires au 19e siècle.

Enfin, Comenius (Jan Amos Komensky) tenta d’unifier les courants pédagogiques de son époque. On retrouvera son souhait, dans l’œuvre « Didactica Magna » (1657), de réunir les peuples.

Dans la pédagogie moderne (début du XIXe siècle à la moitié du XXe siècle)

La pédagogie traditionnelle et magistrale

L’enseignement sera guidé principalement par la tradition et l’empirisme, sans aucune prise en compte de la psychologie de l’apprenant. Cette méthode est basée sur l’adulte, on parle de « magistrocentrisme ». Le maitre doit exercer sa fonction avec autorité alors que les élèves sont passifs, écoutent et apprennent en respectant la hiérarchie. La méthode est centrée sur la transmission du savoir et non sur l’apprentissage de l’élève.

Afin d’illustrer un peu plus cette école, au 19ème siècle, en Allemagne, un mouvement pédagogique se développe où chaque individu doit se former à une fonction déterminée. Il tend à développer l’instruction, la solidarité, le respect de l’autorité et le sentiment patriotique.

Les écoles « nouvelles »

Ici, la démarche pédagogique évolue et se détache pleinement de la didactique. Elle sera tournée vers l’épanouissement de l’enfant et sur ses capacités d’apprentissage.  Elle prend en compte les sentiments, les connaissances, les valeurs et l’expérience de l’apprenant. On parle de « pédocentrisme ». Le rôle de l’enseignant ne sera plus le même. Il sera un pédagogue qui anime et suscite l’intérêt des élèves. Au 19ème  siècle, en Angleterre, se développe, par exemple, un mouvement dans lequel les professeurs sont choisis sur leur capacité à éveiller la curiosité des enfants, leur patience et leur amour de l’enfant. De plus, les techniques didactiques et pédagogiques seront basées sur les sciences de l’éducation et la recherche psychopédagogique.

Voici une présentation de certains grands pédagogues ayant marqué cette époque et les différents courants et pensées des écoles « nouvelles » qu’ils ont créées ou inspirées.

John Dewey (1916) est un philosophe incontournable de la pédagogie nouvelle. Il est à l’origine des bases théoriques de la pédagogie nouvelle que l’on retrouve de nos jours. L’élève est un individu social qui vient pour réaliser un apprentissage social afin de répondre au mieux à une société démocratique.  L’école est considérée comme la réplique d’une petite société, d’une communauté de vie. Sa méthode pédagogique est basée sur l’apprentissage à partir des expériences quotidiennes de l’enfant. L’école va organiser et établir avec l’enfant les connaissances nécessaires. Nous parlons de méthodes « actives » et « motivées ».

Edouard Claparede (1905), médecin genevois, met en place une méthode pédagogique dite « sur-mesure ». En effet, il invente une éducation que nous qualifions de « fonctionnelle » qui a pour but de susciter l’intérêt motivé de l’enfant en s’appuyant sur la psychologie et la pédagogie scientifiques. Claparede sera à l’origine du renouveau de la pédagogie à l’échelle européenne.

Ovide Decroly (1921) développe en Belgique une pédagogie scientifique basée sur les concepts d’évolutionnisme, de pragmatisme et de psychologie génétique. Il prône la formation de groupe homogène, la méthode globale (par exemple pour la lecture et l’écriture), la méthode par « centre d’intérêt » (permettant le triptyque suivant : observer-associer-exprimer) et utilise beaucoup le jeu comme moyen d’obtenir des résultats.

Célestin Freinet (1932), instituteur français, créateur de méthodes pédagogiques et philosophiques, associe l’individualisation, recommandée par les écoles « nouvelles », avec un collectivisme emprunté à la méthode marxiste. C’est une pédagogie populaire d’action assurant le développement culturel et social du peuple.

Maria Montessori (1946), docteur italienne ayant reçu la légion d’honneur française, est la créatrice d’une pédagogie qui porte son nom. Elle est surement la plus connue dans le monde entier à l’heure actuelle. Son concept repose sur cette phrase « L’individu agit par lui-même pour apprendre parce qu’il est motivé par une curiosité naturelle et l’amour de la connaissance. » (Lefebvre, 2012). Par conséquent, elle prône le fait que l’enseignant doit cultiver le désir d’apprendre de l’élève.

Jean Piaget (1967) prend, quant à lui, une orientation différente. Il part du postulat que l’enfant possède une structure mentale très différente de l’adulte cultivé. La pensée humaine ne serait pas innée mais le fruit de contacts répétés avec le monde extérieur. Il décortique chaque action ou organisation d’une action en unité élémentaire de l’activité intellectuelle qu’il surnomme « les schèmes ». Les recherches de Piaget délimitent un cadre théorique solide pour la mise en place de la pédagogie des « écoles nouvelles ».

Un autre courant dit de la « non-directivité » est porté par Carl Rogers (1976), psychologue et psychothérapeute. Le postulat de départ est que tout individu a une proportion naturelle et spontanée au développement intellectuel. La relation maitre-élève s’appuie sur les principes de la thérapie en psychanalyse. L’enseignant est un « facilitateur » d’apprentissage et cherche l’autonomie sans contraindre l’apprenant.

Lev Nikolaievitch Tolstoi (1862) est un écrivain très connu de nationalité russe qui crée une école élémentaire où l’enfant s’éduque sans contrainte. Il réfute toutes techniques de la pédagogie traditionnelle.

Alexander Sutherland Neill fonde une école en 1927. Il prône la liberté complète de l’élève et refuse toutes techniques entravant les impulsions naturelles. Ce sera le groupe et seulement lui qui érigera un cadre limitant et le règlement qui s’y applique.

La pédagogie scientifique et technique

Elle se base sur la science et s’oppose aux techniques empiriques jusque-là utilisées. Il s’agit de permettre le développement de psychologie scientifique dans le domaine de l’éducation. C’est un courant qui est à l’origine d’un mouvement de la mesure par le test où nous cherchons à tout mesurer, quantifier. Cela se retrouve dans les travaux de Alfred Binet (1903) élabore « l’échelle métrique de l’intelligence ». Cette fameuse pédagogie dite expérimentale démarre d’une base solide scientifique afin d’innover, évoluer tout en ayant un contrôle qui se veut objectif.

La pédagogie contemporaine

De nos jours, il existe de nombreux classements des différentes écoles et courant pédagogiques. Nous avons choisi de nous inspirer du livre « Apprentissage et enseignement : théories et pratiques » de Vienneau (2005) afin de dessiner le tableau suivant . Il nous parait plus accessible que plusieurs autres auteurs ayant tenté l’exercice (exemple : Joyce et Weil  1996 ; Paquette 1995 ; Eisner et Vallance 1974 ; Bertrand 1998).

Aujourd’hui nous distinguons, par la pédagogie, les savoirs instruits à un élève, des savoirs construits par une personne. Le concept d’enseignement laisse place progressivement au concept de construction et d’autonomie de l’enfant. Il n’est donc plus forcément question d’enseignement seul, mais aussi de l’ensemble des moyens mis en place, consciemment ou non, par la communauté éducative dans les différents secteurs de la société actuelle (famille, école, club de sport, centre de loisir…) pour les différents acteurs, qui sont autant de  « pédagogues ». Dans certaines écoles inspirées par ces concepts, l’éducation serait donc devenue un « tout » où la pédagogie joue un rôle prépondérant.

Travaux cités :

Lefebvre, M. (2012). La pédagogie Montessori illustrée. CreateSpace Independent Publishing Platform.

reliprofs.be/RELIdocument/profs/Un_histoire_succincte_de_lhistoire_de_la_pedagogie. (s.d.). Récupéré sur reliprofs: https://www.reliprofs.be/RELIdocument/profs/Un_histoire_succincte_de_lhistoire_de_la_pedagogie__7769-1.pdf

Vienneau, R. (2005). Apprentissage et enseignement – Théories pratiques. Gaëtan Morin.